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Fantin-Latour : fleurs et fruits

Fantin-Latour : à fleur de peau

Fantin-Latour : fleurs et fruits

Fantin-Latour : fleurs et fruits

Publié le 28 Septembre 2016
Dès le début des années 1860, 
la nature morte apparaît à Henri Fantin-Latour comme un excellent moyen de perfectionner son art, d’étudier
 les rapports de tons et de couleurs,
 de se montrer à la fois fidèle à la nature et à la peinture, ses deux seuls maîtres.

Les natures mortes des années 1860

Toujours considéré comme mineur 
– en dépit des réalisations de Courbet, de Manet et même de Delacroix, trois peintres que Fantin admire profondément –, le genre de la nature morte apparaît pourtant bien éloigné des ambitions affirmées par le jeune artiste qui, tiraillé entre ses besoins et ses envies, craint alors de se transformer en
« marchand de tableaux ».
Il est vrai que, à une époque où les difficultés financières le tenaillent, l’intérêt que suscitent
 ses natures mortes en Angleterre
 dès 1862 et les ventes qui en résultent 
– notamment par l’entremise d’Edwin Edwards et de James Whistler, ami fidèle et avisé – l’amènent à tenir compte 
du goût des amateurs anglais. Toutefois, toujours inquiet à l’idée de pouvoir être corrompu par le succès, il tire le meilleur parti de cette position inconfortable en s’astreignant à la plus grande exigence dans la réalisation de chacune de ces œuvres à destination de la clientèle anglaise. Son travail ne tarde donc pas 
à évoluer vers une plus grande rigueur, décidé qu’il est désormais « à faire 
tout ce [qu’il fait] très sérieusement,
 [à] ne rien laisser que de très fait ».

La nature morte devient alors le lieu privilégié des expériences picturales
 du jeune artiste. Jouant sur la répétition des motifs d’un tableau à l’autre,
 sur un habile compromis entre ordre et désordre, entre équilibre et déséquilibre, entre vides et pleins, Fantin témoigne d’un sens de plus en plus aigu de la composition, qui n’est pas sans évoquer les maîtres hollandais du XVIIe siècle. Fleurs et fruits prennent ainsi place
 dans un espace savamment découpé et,
 à cet égard, la nature morte conservée
 à Toledo fait figure d’aboutissement.
 Les fleurs, fruits et objets, disposés avec la plus grande élégance, offrent au peintre matière à restituer couleurs
 et textures dans toute leur variété, et de faire ainsi montre de son exceptionnel sens de l’observation et de la délicatesse de son pinceau. Si, comme souvent chez Fantin, le fond est négligé, la lumière est en revanche traitée avec la plus grande subtilité. Ce tableau est à rapprocher
 de La Table garnie, autre toile construite autour d’un bouquet disposé dans un vase rond particulièrement affectionné par l’artiste, conservée au musée Gulbenkian à Lisbonne et aussi réalisée en 1866.

En pleine possession de ses moyens, convaincu par la valeur artistique d’un tel travail et gagné par le souhait 
de séduire à leur tour critiques
 et amateurs parisiens, Fantin propose cette année-là, pour la première fois,
 une nature morte au Salon ; la toile est acceptée mais le peintre, estimant que
 la dimension démonstrative de son œuvre est alors complètement ignorée du jury comme des visiteurs, choisit de ne plus présenter de nature morte jusqu’en 1873. Cela ne l’empêche pas de poursuivre ses recherches en la matière, pleinement convaincu des vertus de ce rapport privilégié avec la nature. En 1869 encore, Fantin témoigne du plaisir et de la liberté avec laquelle il peint ces œuvres :
 « Je suis si heureux avec mes natures mortes dans mon Atelier bien seul ».
 Si quelques compositions complexes jalonnent encore son œuvre, les fleurs seules s’imposent bientôt comme son motif de prédilection.

 

Laure Dalon

 


Texte extrait du catalogue "Fantin-Latour. À fleur de peau",
en vente dans Les Boutiques de musées


 

 

 

 

 

 

 

 

© La Table garnie (détail), 1866, Huile sur toile, Lisbonne, fondation

© Fleurs et fruits (détail), 1865, Huile sur toile, Paris, musée d’Orsay