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Fantin-Latour : un bouquet "de fiançailles"

Fantin-Latour : à fleur de peau

Fantin-Latour : un bouquet "de fiançailles"

Fantin-Latour : un bouquet "de fiançailles"

Publié le 26 Octobre 2016
Henri Fantin-Latour rencontre Victoria Dubourg au musée du Louvre en 1866 alors que tous deux copient "Le Mariage mystique de sainte Catherine de Corrège". Ils se fiancent en mai 1869 et c’est à cette occasion que Fantin offre cette nature morte – dont le titre en conserve le souvenir – à Victoria.

Fantin-Latour : un bouquet "de fiançailles"

Elle vient 
en quelque sorte sceller la promesse d’une union qui n’interviendra cependant que sept ans plus tard. Depuis le début de la décennie, l’artiste a acquis une belle réputation comme peintre de fleurs, tout particulièrement en Angleterre. Dans ce registre, cette œuvre par sa composition admirablement équilibrée, son aspect à la fois spontané – le délicieux fouillis de fleurs – et rigoureusement pensé – le subtil contrepoint d’objets, de fleurs et de fruits –, en constitue à cette époque une sorte de quintessence.

De petit format, cette nature morte n’en est pas moins foisonnante d’éléments divers qui occupent la totalité de l’espace et semblent, dans un dialogue silencieux, se répondre les uns les autres. Au centre, l’artiste a placé un vase de faïence à décor floral dans le goût chinois,
 « un cornet blanc et bleu » tel que 
le décrit Victoria. Il contient un bouquet de fleurs de printemps, mêlant entre autres des jonquilles à des jacinthes, 
et offre par son joyeux désordre une note d’improvisation du meilleur effet. Tour à tour, les jaunes, les roses et les carmins des corolles viennent illuminer la composition que strient de vert quelques longues feuilles effilées.
 Ces élans désordonnés de vie, ces couleurs éclatantes sont à l’unisson de la saison du renouveau et en deviennent le symbole.


De part et d’autre du vase, qui divise 
la toile dans la hauteur en deux parties égales, se trouve à gauche un petit compotier blanc rempli de fraises et, posées à même la table, une fraise encore et trois cerises. À droite,
 un verre à pied, rempli d’un vin
 à la sombre robe grenat, voisine avec
une fleur de camélia d’un blanc onctueux et virginal qu’enveloppent comme
 un écrin trois feuilles vertes à l’aspect vernis. Le fond gris-beige est neutre, comme l’est la table brun clair, donnant
 à l’ensemble un caractère abstrait et atemporel.

Une impression néanmoins trompeuse car, inévitablement, les fleurs vont se faner, les fruits et le vin se gâter. Mais à cet instant précis, dans cette fine lumière d’atelier et sous les pinceaux
 de l’artiste, le temps paraît s’être arrêté. Fantin retrouve ici la magie des natures mortes de l’âge classique, à la fois allégorie des cinq sens et vanité. Nonobstant, pour l’heure tout n’est que sensualité, plaisir et ivresse. La promesse du printemps, comme celle des fiançailles, semble balayer tout regret, toute inquiétude, malgré la ténébreuse présence du verre de vin qui, tel un calice empli de sang, s’oppose sourdement
 à la blancheur immaculée du camélia.

 

 


Texte extrait du catalogue "Fantin-Latour. À fleur de peau",
en vente dans Les Boutiques de musées


 

 

 

 

 

 

 

 

© Henri Fantin-Latour, Nature morte dite "de fiancailles" et (détail), 1869, musée de Grenoble, Légué à la Ville de Grenoble par Victoria Fantin-Latour en 1921