Toutes les actualités

Les allégories de Goya - Histoire des Chefs-d'œuvre de Budapest n°7

Chefs-d'œuvre de Budapest

Les allégories de Goya - Histoire des Chefs-d'œuvre de Budapest n°7

Les allégories de Goya - Histoire des Chefs-d'œuvre de Budapest n°7

Publié le 08 Juin 2016
Pour vous faire découvrir un peu plus les Chefs-d'œuvre de Budapest exposés au Musée du Luxembourg du 9 mars au 10 juillet 2016, explorons les petites histoires de ces grandes œuvres...

Les allégories de Goya - Histoire des Chefs-d'œuvre de Budapest n°7

 

La Porteuse d’eau et Le Rémouleur sont deux oeuvres représentatives de la scène de genre populaire. On a longtemps pensé que ces deux tableaux de petit format illustraient simplement les métiers traditionnels sur le modèle des séries, très populaires, produites depuis la fin du XVIe siècle. Mais les recherches ont montré que Goya, dans une démarche novatrice, a donné à ses personnages une dimension allégorique, bien au-delà de la simple scène de genre. Les deux figures rendent en effet hommage aux hommes et aux femmes de Saragosse qui, munis d’armes simples – bâtons, objets coupants et couteaux – se sont battus de façon héroïque contre les troupes françaises qui ont envahi l’Espagne lors des Guerres napoléoniennes (1808-1814). Goya a probablement été le témoin de ces événements. Profondément touché par la nouvelle des combats sanglants qui se déroulent dans sa ville natale à l’automne 1808, il demande à Ferdinand VII la permission de se rendre sur place. Il peut ainsi répondre à l’invitation du général José Palafox chargé de défendre la ville, et, à sa demande, représenter ce qu’il y a vu. C’est à cette époque qu’il réalise la série de gravures intitulée Les Désastres de la guerre (Los Desastres de la guerra), dans laquelle il dénonce l’absurdité des guerres.


Les tableaux de Budapest immortalisent des gens ordinaires et leur courageuse résistance. Les personnages sont en effet des acteurs clés du combat : le rémouleur aiguise les couteaux utilisés dans les luttes au corps à corps ; la porteuse d’eau apporte dans sa cruche de quoi désaltérer les soldats assoiffés. Dans ces deux toiles formant une paire, Goya fait ressentir l’importance de la femme, pauvre mais travailleuse, et de l’homme, véritable héros, en les traitant comme des sujets classiques. Selon certains chercheurs, la figure du rémouleur, qui se penche sur la meule, évoque le Torse du Belvédère, et la porteuse d’eau est représentée comme une sainte, vue en légère contre-plongée. La lumière intense projetée sur les personnages et l’arrière-plan travaillé de manière sommaire contribuent à accentuer l’effet monumental ; cette solution, jugée moderne en son temps, annonce la peinture réaliste française du milieu du XIXe siècle.

 

La lumière met en évidence la blancheur éclatante de l’écharpe de la porteuse d’eau et de la chemise du rémouleur ; les contours sombres et les tons sobres – des couleurs de terre, des noirs, des blancs et des jaunes –, la touche rapide et légère et les effets de lumière appliqués annoncent déjà la période tardive de Goya. Devant faire face aux pénuries des temps de guerre, l’artiste s’est servi pour ces deux tableaux de toiles où avaient déjà été peintes des natures mortes florales, probablement d’une autre main. Cela indique également que Goya les a probablement réalisées pour lui-même, et non pas pour répondre à une commande.

Ces tableaux occupent une place significative dans l’oeuvre de Goya, non seulement pour leur qualité, mais aussi pour leur histoire. L’artiste les gardait sans doute dans sa maison de Madrid puisqu’ils apparaissent à l’inventaire établi après le décès de sa femme, Josefa Bayeu, survenu en 1812. Les œuvres étaient connues des artistes de l’époque, et de nombreuses copies en ont été faites à Madrid. C’est probablement le fils de Goya qui les a vendues à Alois Wenzel von Kaunitz- Rietberg, ambassadeur d’Autriche, dont Goya a peint le portrait en 1816. Lors de la vente aux enchères d’Artaria à Vienne en 1820, les deux tableaux sont passés de la collection du prince de Kaunitz à celle de Nicolas II Esterházy, puis au musée des Beaux-Arts après l’acquisition de cette dernière.

© Francisco de Goya y Lucientes, Le Rémouleur et, La Porteuse d’eau, entre 1808 et 1812, Huile sur toile, Budapest, musée des Beaux-Arts



 





Retrouvez tous les Chefs-d'œuvre de Budapest
dans le catalogue de l'exposition