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Paul Durand-Ruel et l'impressionnisme : la consécration de l'intuition

Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme. Manet, Monet, Renoir

Paul Durand-Ruel et l'impressionnisme : la consécration de l'intuition

Paul Durand-Ruel et l'impressionnisme : la consécration de l'intuition

Paul Durand-Ruel dans sa galerie par Dornac
Publié le 22 Septembre 2014
Le dévouement de Paul Durand-Ruel à l’école nouvelle lui vaut bientôt de graves déboires. Une violente campagne contre Manet, Monet, Renoir, Sisley, Degas et Puvis de Chavannes, et les autres artistes que le galeriste avait eu l’audace d’accueillir prend corps. Attaqués par les partisans de l’Académie et des vieilles doctrines, par les critiques d’art et la presse toute entière, ces artistes deviennent la risée des Salons et du public. Quant à Durand-Ruel, coupable d’avoir présenté et d’osé défendre des œuvres pareilles, il est traité de fou.

LA CRISE DE L’IMPRESSIONNISME

 

Le dévouement de Paul Durand-Ruel à l’école nouvelle lui vaut bientôt de graves déboires. Une violente campagne contre ManetMonetRenoir, Sisley, Degas et Puvis de Chavannes, et les autres artistes que le galeriste avait eu l’audace d’accueillir prend corps. Attaqués par les partisans de l’Académie et des vieilles doctrines, par les critiques d’art et la presse toute entière, ces artistes deviennent la risée des Salons et du public. Quant à Durand-Ruel, coupable d’avoir présenté et d’osé défendre des œuvres pareilles, il est traité de fou. Fortement endetté, il doit brader son énorme stock d’œuvres de l’école de Barbizon, qu’il ne peut vendre qu’en passant par des courtiers, son nom faisant fuir les acheteurs potentiels. Grâce à des accommodements avec ses créanciers, il parvient à échapper à la ruine, mais en 1874 il doit pratiquement cesser d’acheter les œuvres de ses amis impressionnistes et souffre financièrement. Malgré toutes ces difficultés, le marchand persiste. Il poursuit sa stratégie d’exposition, seul moyen de faire reconnaître ses nouveaux artistes. Ce dévouement envers ses artistes se vérifie tout au long de sa vie.

 

LES EXPOSITIONS DE 1883

 

Les artistes traversent une période difficile, jusqu’à ce que le marchand reprenne ses achats au début des années 1880. L’embellie est de courte durée, mais les centaines de peintures acquises lui permettent de consacrer des expositions individuelles à Boudin, Monet, Renoir, Pissarro et Sisley. Entre février et juin 1883, chaque mois, Durand-Ruel consacre leur une exposition particulière. Le marchand il a commencé à les acheter dès 1870, mais il ne les a jamais montrés seuls. Alors que le nombre d’œuvres par artiste dans les règlements du Salon ne dépasse pas un ou deux, l’exposition individuelle n’est ni la convention, ni la consécration artistique que nous connaissons aujourd’hui. Cette série apparaît comme une première dans l’histoire des expositions, dans le parcours du marchand et des peintres. On ne peut que mieux souligner le rôle accordé depuis au marchand dans la marche de l’impressionnisme vers la reconnaissance. Après avoir repris ses achats aux impressionnistes en 1881, Durand-Ruel affronte à nouveau une grave crise financière. Il maintient néanmoins une activité intense, surtout en matière d’expositions, montrant les peintres à Londres et pour la première fois aux Etats-Unis et en Allemagne. Les expositions de 1883 apparaissent comme un jalon dans la construction du modernisme, fondée sur la mise en valeur de l’artiste.

 

LA CONSECRATION DE L’INTUITION

 

En vérité, c’est d’Amérique que vient le salut des impressionnistes et de Paul Durand-Ruel. En 1885, il reçoit de James Sutton, directeur de l’American Art Association, une invitation à exposer à New York, tous frais payés. Durand-Ruel s’embarque avec trois cents tableaux, malgré la réticence des artistes, qui se montrent sceptiques. Mais l’artiste américaine Mary Cassatt aide son marchand dans cette entreprise ; elle lui présente son amie d’enfance Louisine Havemeyer et son époux Henry Havemeyer, le « roi du sucre ». Tous deux compteront parmi les grands amateurs de Manet et des impressionnistes et seront de fidèles clients de Durand-Ruel. Il était déjà reconnu aux États Unis comme le champion de l’école de Barbizon. Aussi, à l’exposition qu’il présente à New York en 1886, le public et les amateurs se pressent sans a priori, faisant confiance au marchand

C’est la première fois qu’une exposition impressionniste reçoit un bon accueil de la part du public et de la presse, au point qu’elle doit être prolongée et déménagée dans des locaux plus vastes1.

En plus des Havemeyer, de nouveaux collectionneurs se font connaître. Encouragé, Durand-Ruel organise l’année suivante une nouvelle exposition à New York, où il ouvre une galerie en 1888 : c’est la fin des vaches maigres. En 1894, toutes les dettes auront été remboursées. À la suite de ce succès américain, les Européens finiront par se laisser convaincre. En 1905, Durand-Ruel organise à Londres, aux Grafton Galleries, l’exposition qui reste à ce jour la plus importante et la plus belle de toutes les manifestations de peinture impressionniste : « Pictures by Boudin, Cézanne, Degas, Manet, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley », où il montre trois cent quinze œuvres réunissant les plus grands chefs-d’œuvre de ces peintres.

 

Grâce à son intuition et ses idées novatrices, Durand-Ruel a révolutionné le marché de l'art pour amener les impressionnistes, jusque-là boudés, vers le succès.

 

 

1. Extrait des mémoires de Paul Durand-Ruel

 

 

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