Les Tudors

Les Tudors

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Aujourd’hui le nom des Tudors évoque dans l’imaginaire un grand sujet cinématographique. Récemment, les films de Shekhar Kapur avec Cate Blanchett sont venus enrichir et renouveler le mythe qui entoure Élisabeth. 

 

Le succès international de la dynastie sur les écrans remonte au début du XXe siècle et doit beaucoup aux arts de la scène. L’intérêt des Français pour le thème des Tudors date du XIXe siècle et des années romantiques. Il participe d’un engouement général pour l’histoire et pour l’Angleterre. Hors norme dans des extrêmes opposés, les vies privées d’Henri VIII et d’Élisabeth, excitent la curiosité.

 

Les victimes innocentes de leur politique ou de leurs sentiments deviennent dès lors les protagonistes d’un véritable drame historique. Le désespoir d’Anne Boleyn emprisonnée dans la Tour de Londres est ainsi représenté par le peintre Édouard Cibot avec autant d’importance qu’un grand événement historique. Mais, dans cette légende, toujours vivace, quelle est la part du vrai ?

6 mars

HENRI VII (1457-1509)

Règne : 1485-1509

 

Henri Tudor, le premier monarque de la dynastie, s’empare du trône en 1485 à l’âge de vingt-huit ans à l’issue de la bataille de Bosworth. Sa victoire met fin à la guerre des Deux-Roses : avec lui, les Lancaster l’emportent sur le roi Richard III et sur les York. Le règne d’Henri VII apporte enfin au royaume l’ordre et la stabilité, mis à mal par trente ans de guerre civile. Quoique prudent et économe, Henri VII n’hésite pas à financer des édifices prestigieux et des tournois qui glorifient sa cour et légitiment son autorité. En 1486, tout le pays fête la naissance de son premier fils, Arthur. Mais la mort soudaine du prince en 1502 reporte tous les espoirs de la dynastie sur ses enfants plus jeunes : Margaret, Henri et Marie.

HENRI VIII (1491-1547)

Règne : 1509-1547

 

Le jour de son avènement en 1509, Henri VIII a dixsept ans. C’est un jeune homme de stature athlétique qui incarne, pour ses contemporains, le type idéal du prince chevalier. Henri VIII affiche à l’étranger ses ambitions et dans son royaume son caractère impitoyable. Ses proches sont conscients de sa nature capricieuse. Thomas More, exécuté en 1535 pour avoir refusé de reconnaître le roi comme chef de l’Église d’Angleterre, avertit un courtisan en ces termes : « C’est comme de jouer avec un lion domestiqué, c’est souvent sans dommage, mais tout aussi souvent le dommage est à craindre. Il rugit souvent de rage sans raison apparente et soudain le jeu devient mortel. »

HENRI VIII ET CATHERINE D'ARAGON

 

Henri rencontre Catherine d’Aragon pour la première fois en 1501 lorsqu’elle épouse son frère aîné, Arthur. La mort soudaine du jeune prince, l’année suivante, plonge Catherine dans des années d’incertitude à la cour d’Angleterre. Mais Henri prend la décision d’épouser sa belle-sœur lorsqu’il monte sur le trône en 1509. Ils règnent ensemble sur l’Angleterre plus de vingt ans. Ils ont de nombreux enfants, mais seule leur fille Marie survit. 

Henri a désespérément besoin d’un fils. Impatient, il en vient à douter de la légitimité de son mariage avec la veuve de son frère et à croire que Dieu le punit en le privant de descendance masculine. Le pape refuse d’annuler leur union. Henri rompt alors avec l’Église catholique et investit les évêques d’Angleterre du pouvoir d’invalider le mariage. Henri peut enfin épouser Anne Boleyn en 1533. Catherine est bannie de la cour et séparée de sa fille. 

L'ANGLETERRE ET LA FRANCE SOUS HENRI VIII

 

Au XIVe siècle, les prétentions des rois d’Angleterre au trône de France ont déclenché la guerre de Cent Ans. Henri VIII est tenté de réactiver ces anciennes querelles. Il lance même plusieurs campagnes militaires sur le continent. Mais dans l’ensemble, sous son règne, les deux royaumes s’efforcent de maintenir une paix durable. Les relations entre la France et l’Angleterre sont toutefois marquées par la rivalité, presque personnelle, qui s’affirme entre Henri VIII et François Ier. L’âge les rapproche et l’ambition les oppose. Chacun cherche à impressionner l’autre par sa splendeur. Cette compétition atteint son paroxysme en 1520, lorsqu’ils se rencontrent au Camp du Drap d’or pour célébrer le traité de paix universelle signé à Londres deux ans plus tôt. En 1527, les deux rois s’allient pour faire front contre l’empereur Charles Quint.

HENRI VIII ET SES FEMMES, ENTRE L'HISTOIRE ET LA LÉGENDE

 

La renommée d’Henri VIII est indissociable de sa vie matrimoniale. Au-delà de leur nombre, ses mariages restent dans les mémoires pour le drame et le fracas qui entourent leur rupture. Catherine d’Aragon, répudiée. Anne Boleyn, exécutée. Jeanne Seymour, morte en couches. Anne de Clèves, éconduite à peine épousée. Catherine Howard, décapitée. Seule Catherine Parr tire son épingle du jeu en apportant à Henri un peu de stabilité. Il ne subsiste pas pour toutes les femmes d’Henri VIII des portraits effectués de leur vivant et identifiés avec certitude. Mais la fascination qu’exerce sur l’imaginaire ce « tableau de chasse » pousse les artistes des siècles suivants à combler cette lacune. Au XIXe siècle, l’illustrateur français Achille Devéria les réunit ainsi dans une série d’estampes. 

EDOUARD VI (1537-1553)

Régne : 1547-1553

 

Fils d’Henri VIII et de sa troisième épouse Jeanne Seymour, Édouard n’a que neuf ans lorsqu’il devient roi en 1547. Guidé par son oncle Edward Seymour, duc de Somerset, puis par John Dudley, duc de Northumberland, Édouard VI s’efforce durant son règne d’asseoir le protestantisme en Angleterre. Pour éviter l’accession au trône de sa demi-soeur la très catholique Marie, il l’écarte de la succession, en même temps qu’Élisabeth, au profit de Jane Grey, sa cousine protestante. Il meurt au début de l’année 1553, à l’âge de quinze ans. Après lui, Jane Grey ne règnera que neuf jours.

L'ANGLETERRE ENTRE RÉFORME ET CATHOLICISME

 

Le XVIe siècle est une époque de profondes mutations religieuses à travers l’Europe. Au début de son règne, Henri VIII est un souverain catholique auquel le pape Léon X décerne le titre de « Défenseur de la foi ». Il n’empêche qu’Henri finit par s’octroyer celui de chef suprême de l’Église d’Angleterre. Sous Édouard VI, la Réforme s’affirme comme religion officielle. La catholique Marie Ire ramène par la suite le royaume sous l’autorité du pape. Mais la restauration ne dure que les quelques années de son règne. Après sa mort, son intransigeance est opposée au compromis prôné par la protestante Élisabeth en matière de religion. Sous le règne d’Élisabeth, la réputation des deux demi-soeurs se construit l’une contre l’autre, non sans une certaine partialité. Marie devient « la sanglante », et Élisabeth, celle qui ne cherche pas à « ouvrir des fenêtres dans le coeur des hommes » et laisse à chacun le choix de ses propres croyances.

MARIE Ire (1516-1558)

Règne : 1553-1558 

 

Fille d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon, Marie est dès son plus jeune âge un pion dans le jeu diplomatique, car son futur mariage est en mesure de sceller une alliance avec une autre puissance. Mais la séparation de ses parents ruine son avenir et la plonge dans l’isolement pour plusieurs années durant lesquelles elle ne cesse de revendiquer sa foi catholique. Après la mort d’Édouard VI, elle reçoit le soutien d’une grande partie de la noblesse anglaise. Elle est proclamée reine, le 19 juillet 1553, treize jours après le décès de son demifrère. Sa devise « Vérité, fille du temps » témoigne de la lutte, âpre et longue, qu’elle a menée pour faire valoir ses droits légitimes à la couronne. Marie a trente-sept ans lorsqu’elle est couronnée reine d’Angleterre : c’est la première femme à gouverner le royaume. Elle restaure le catholicisme. Mais c’est surtout son mariage avec Philippe II d’Espagne qui déclenche une forte hostilité à son égard.

ÉLISABETH Ire (1533-1603)

Règne : 1558-1603

 

Fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn, Élisabeth monte sur le trône à l’âge de vingt-cinq ans, après la mort de sa demi-soeur Marie en 1558. La jeune reine sait s’entourer de conseillers habiles, tels que William Cecil, qui l’aident à rétablir l’Église d’Angleterre. Au cours de ses longues années de règne, le royaume devient une grande puissance maritime et connaît en littérature un essor qui marque pour toujours la culture anglaise. C’est aussi l’époque où se développe dans l’art du portrait une esthétique proprement anglaise, jouant du contraste entre un visage assez sommaire et de somptueux atours méticuleusement représentés dans leurs moindres détails. Sous son règne, se met en place une véritable politique de l’image royale et de sa diffusion. Elle meurt sans nommer de successeur. Son cousin le roi d’Écosse, Jacques Ier, fils de Marie Stuart, monte alors sur le trône d’Angleterre et devient le premier « roi de Grande-Bretagne ».

ÉLISABETH ET SES PRÉTENDANTS

 

Restée célibataire, Élisabeth est célébrée comme « la Reine vierge ». Elle apprécie pourtant la compagnie des hommes. Sa cour favorise l’ascension d’hommes de valeur, souvent séduisants. Robert Dudley qu’elle fera comte de Leicester, est le seul Anglais qu’elle envisage de prendre pour époux. Mais ses conseillers, craignant que l’union de la reine à un simple sujet ne la discrédite, l’en dissuadent. Ils défendent en revanche l’idée d’un mariage avec un prince étranger, profitable au royaume. Des pourparlers s’engagent en vue d’une alliance avec Éric XIV de Suède, avec les archiducs Ferdinand et Charles d’Autriche, avec les fils de Catherine de Médicis, Henri duc d’Anjou et Hercule-François duc d’Alençon. Les portraits jouent un rôle clef dans toutes ces tractations, mais Élisabeth tergiverse et finalement n’en choisira aucun.

ÉLISABETH, LA FRANCE ET MARIE STUART

 

La politique étrangère d’Élisabeth est dominée par les relations avec la France. À plus d’un titre, seule Catherine de Médicis, épouse d’Henri II, régente de France, peut soutenir en Europe la comparaison avec elle, bien que sa position de reine mère catholique s’oppose à celle d’Élisabeth, « Reine vierge » protestante. Les deux femmes entretiennent des relations cordiales dans l’intérêt de leur royaume. Leur entente n’est qu’en partie entachée en 1572 par l’indignation que soulève en Angleterre le massacre de la Saint-Barthélemy. Une troisième reine vient pourtant s’immiscer dans les rapports diplomatiques entre la France et l’Angleterre : Marie Stuart, reine d’Écosse. Apparentée à la famille ultra catholique de Guise, elle est la bru de Catherine de Médicis par son mariage avec François II qui règne brièvement sur la France entre 1559 et 1560. Petite-fille de Margaret Tudor, elle est surtout la cousine d’Élisabeth. En tant que parente la plus proche, elle représente un véritable danger dans une Europe catholique qui ne reconnait pas de manière unanime la légitimité d’Élisabeth sur le trône d’Angleterre. Plusieurs complots tentent de placer Marie Stuart sur le trône. Mais la reine d’Écosse, accusée de trahison, finit sur l’échafaud.

SOUS LES FEUX DE LA RAMPE

 

La vie des Tudors réunit tous les ingrédients d’une bonne intrigue. Dès le début du xviie siècle, les écrivains, dont Shakespeare, en perçoivent la dimension dramatique. Au XIXe siècle, elle devient l’objet de mélodrames à grand spectacle où se mêlent sur fond d’histoire désir et devoir, justice et trahison. Les femmes d’Henri VIII et les favoris d’Élisabeth se retrouvent sous les projecteurs en position de victimes. À ceux-là, s’ajoutent Lady Jane Grey, reine de neuf jours, et Marie Stuart, reine d’Écosse, toutes deux arrière-petites-filles d’Henri VII, décapitées sur l’échafaud. Le thème inspire les meilleurs représentants de la littérature française et de l’opéra italien : Hugo et Dumas, Rossini et Donizetti… En consacrant quatre opus à l’Angleterre des Tudors, dont le célèbre Anna Bolena, Donizetti peut même être considéré comme le premier inventeur d’une « série » sur les Tudors. À Paris, au XIXe siècle, autour des Tudors, un dialogue se noue entre la peinture et la scène, avec des artistes attentifs à l’actualité théâtrale comme Paul Delaroche et Eugène Devéria

DE WALTER SCOTT À VICTOR HUGO

 

Au début du XIXe siècle, les Français découvrent avec passion les romans de Walter Scott qui les plongent au coeur de l’histoire et de l’Angleterre. Deux d’entre eux se déroulent sous le règne d’Élisabeth : L’Abbé (1820) qui raconte l’évasion de Marie Stuart du château de Loch Leven et Kenilworth (1821). L’intrigue de ce dernier, inventée de toutes pièces, a pour objet le mariage secret du comte de Leicester avec Amy Robsart et se dénoue sur la fin tragique de la jeune femme, victime d’un piège qui la précipite sans vie au pied d’un escalier. À peine traduites en français, les œuvres de Scott sont adaptées pour les scènes parisiennes. Victor Hugo s’en empare pour livrer l’une de ses premières créations théâtrales, Amy Robsart, en 1828. Cette pièce, pour laquelle Eugène Delacroix dessine les costumes, est un fiasco et ne sera publiée qu’après la mort d’Hugo. Les Tudors demeurent néanmoins pour l’écrivain une source d’inspiration de drame romantique, comme en témoigne quelques années plus tard sa célèbre Marie Tudor.

L'HÉRITAGE DE SHAKESPEARE

 

Shakespeare apparaît comme l’un des principaux acteurs de l’âge d’or élisabéthain et participe à la construction du mythe des Tudors. De toutes ses pièces historiques, une seule se déroule sous leur règne, Henri VIII, écrite en 1613, dix ans seulement après l’extinction de la dynastie. Également baptisée All Is TrueTout est vrai »), c’est une oeuvre éminemment politique centrée sur les rapports complexes d’Henri VIII avec ses conseillers, bien plus que sur ses épouses.

À la fin du XIXe siècle, elle inspire en partie le livret de l’opéra Henry VIII de Camille Saint-Saëns. À sa création à Paris en 1883, la mise en scène se distingue par une recherche de fidélité historique, un véritable retour aux sources, perceptible dans le décor et les études préparatoires pour les costumes.

Parcours numérique réalisé à partir des textes de salles et de l'album de l'exposition, rédigés par Charlotte Bolland et Cécile Maisonneuve.

Les Tudors, du 18 mars au 19 juillet 2015

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