L’Assassinat de l’évêque de Liège

L’Assassinat de l’évêque de Liège

L’Assassinat de l’évêque de Liège

Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme Manet, Monet, Renoir
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Origine et date: 
L’Assassinat de l’évêque de Liège par Eugène Delacroix, 1829, Huile sur toile
Paris, musée du Louvre
Artiste(s): 
1798
1863

Exposé au Salon de 1831, où il est acquis 2 000 francs par le duc d’Orléans1, L’Assassinat de l’évêque de Liège est, par son sujet comme son exécution fiévreuse, l’un des manifestes romantiques de Delacroix, inspiré d’un roman populaire de Walter Scott, Quentin Durward. La mise en scène sanglante et provocante d’un évêque mené dans une orgie pour y être égorgé par Guillaume de La Marck, surnommé le « Sanglier des Ardennes », n’empêche pas Durand-Ruel d’admirer le tableau, l’un de ceux qui lui « ouvrirent définitivement les yeux2 » à l’Exposition universelle de 1855. Il passe deux fois entre ses mains. Le 19 août 1865, le marchand l’achète pour 33 000 francs à Frédéric Villot, conservateur au musée du Louvre et proche ami de l’artiste. Un an plus tard, il le revend 6 000 francs de plus au fameux amateur turco-égyptien Khalil Bey, dont il avait « presque entièrement formé la collection3 ».

Le 16 janvier 1868, à la vente de cette collection par l’intermédiaire d’un usurier, Salomon Beleys, avec lequel Durand-Ruel sera en contact aux jours sombres de la galerie4, il s’en porte acquéreur en compte à demi avec Brame pour 48 300 francs5. Prix « exagéré », écrira Durand-Ruel pour un tableau que Gautier a opportunément désigné comme un « chef-d’oeuvre de notre temps » dans sa préface au catalogue de la vente6. Par le nombre d’intervenants, l’augmentation constante et spectaculaire de son prix, le parcours de ce tableau est emblématique des tendances spéculatives du marché, sous l’impulsion des marchands. Peu après, en avril, Durand-Ruel le cède en effet 50 000 francs au marchand Francis Petit pour Adèle Cassin, future marquise Landolfo Carcano, dont l’exceptionnelle collection sera exposée en 1884 chez Petit7. Le prix obtenu alors par Durand-Ruel n’est pas négligeable, mais 70 000 francs est inférieur à l’estimation que lui avait donnée le marchand et qui en faisait l’oeuvre la plus prisée de son stock en 18688. Il contribuera à lui faire atteindre de nouveaux sommets, se souvenant en avoir poussé le prix jusqu’à 205 100 francs lors de la vente dispersant la collection Carcano en 19129, un record pour Delacroix.

 

1. Robert 1991, p. 54, note 15. Sauf mentions contraires, les informations suivantes sur l’historique suivent le catalogue raisonné de Lee Johnson.
2. Durand-Ruel [1939], p. 139.
3. Beleys apparaît comme le vendeur sur le procès-verbal de la vente (AP, D48 E3/59), comme nous l’a signalé Geneviève Lacambre. Durand-Ruel mettra en dépôt un lot de ses « plus beaux tableaux » en 1873 pour un total de 301 945 francs (ADR, brouillard, 30 juin, 7 juillet, 17 octobre 1873).
4. Cat. vente Paris 1868. Le nom de Brame seul apparaît sur le procès-verbal de la vente.
5. Cat. vente Paris 1868, p. 8.
6. Cat. exp. Paris 1884, no 16.
7. ADR, stock 1866-1870, no 3867.
8. Durand-Ruel [1939], p. 165 ; cat. exp. Paris 1912, no 23 (repr.).
9. Voir pour les ventes avant 1900, Mireur 1911, II.

 

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