Nature morte avec pommes

Nature morte avec pommes

Nature morte avec pommes

Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme Manet, Monet, Renoir
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Origine et date: 
Nature morte avec pommes par Gustave Courbet, 1872, Huile sur toile
La Haye, The Mesdag Collection
Artiste(s): 
1819
1877

En avril 1872, après avoir purgé une peine de six mois de prison pour sa participation à la Commune, Courbet présente deux tableaux au Salon de Paris : un nu allongé (aujourd’hui perdu) et une nature morte avec fruits, qu’il vient d’achever. Le jury, présidé par Ernest Meissonier, refuse les deux œuvres. Les articles de presse et les caricatures de l’époque donnent des descriptions assez contradictoires de la nature morte soumise au Salon, mais il pourrait s’agir de ce tableau, aujourd’hui au Mesdag à La Haye.

Le rejet de Courbet excita immédiatement la presse populaire. On trouva les pommes « admirables », et le nu fut considéré comme la meilleure œuvre soumise au Salon. Meissonier avait jugé déshonorante l’inscription en rouge qui antidatait les Pommes de l’époque où Courbet était incarcéré à Sainte-Pélagie, mais la majorité des critiques estimèrent que Courbet avait été refusé uniquement à cause de son passé politique. Même dans la presse de droite ou centriste, la plupart des critiques étaient d’avis que le mérite artistique devait primer sur la politique et être le seul critère déterminant de la participation au Salon.

Si cette « affaire Courbet » remettait en question le rôle et l’intégrité du système du Salon, les nouvelles règles imposées par Charles Blanc en 1872, qui réduisaient le nombre d’œuvres exposées, ne firent qu’exacerber la contestation. Un groupe de vingt-six artistes, dont Pissarro, Renoir, Cézanne et même Manet – dont le Combat du « Kearsarge » et de l’« Alabama» avait été accepté par le jury –, signèrent une pétition demandant la tenue officielle d’un Salon des refusés, comme cela avait été le cas en 1863 et 1864. Blanc rejeta la proposition, mais le marché privé organisa cette même année une sorte de Salon des refusés. Pour ce qui est de Courbet, le nu fut exposé chez le marchand d’art Ottoz, et, selon Jules Castagnary, la nature morte était visible chez Durand-Ruel dès le 18 mai1. Malgré des convictions politiques opposées, Durand-Ruel avait réitéré son soutien à Courbet plus tôt cette même année en lui achetant un groupe de vingt-six tableaux, dont d’autres natures mortes datant de sa captivité. En exposant la toile de Courbet refusée par le Salon, Durand-Ruel affirmait publiquement son engagement en faveur du mérite artistique et positionnait activement sa galerie en tant qu’alternative au Salon.

 

1. Castagnary 1872, p. 1.

 

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