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Le cercle de l'art moderne, collectionneurs d'avant-garde au Havre

Le cercle de l'art moderne, collectionneurs d'avant-garde au Havre

Le cercle de l'art moderne, collectionneurs d'avant-garde au Havre

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Le XIXe siècle constitue l’âge d’or de la ville du Havre qui connaît à cette époque un essor considérable. La ville se modernise, se transforme et devient l’un des plus grands ports de l’Europe. Cette prospérité attire les négociants qui font fortune dans le coton, le café et les bois précieux. Grâce au profit généré par leurs activités, ces amateurs d’art constituent leur collection. Parmi eux Olivier Senn, Charles-Auguste Marande, Georges Dussueil, Pieter Van der Velde qui participent activement à la vie culturelle havraise et à la constitution du Cercle de l’art moderne, association destinée à faire connaître au plus grand nombre la production des peintres les plus audacieux du temps.

25 août 2014
LE HAVRE

Surnommée la porte océane, la ville a joué un rôle primordial dans la vie culturelle. Les artistes  y viennent régulièrement et en font souvent le sujet de leur peinture et des amateurs éclairés y réunissent d’importantes collections d’œuvres d’art.

 

UNE VILLE PROSPÈRE

Au milieu du XIXème siècle, le Havre accède à la modernité et connaît un essor économique considérable. La période 1850-1914 constitue l’âge d’or de la ville. Le centre et le port se transforment grâce à de grands travaux d’aménagement, on construit des grands boulevards, un hôtel de ville, la bourse ; les chantiers de construction navale se développent et l’année 1847 est marquée par l’arrivée du chemin de fer situant le Havre à quelques heures de Paris. Cette nouvelle prospérité attire dans les années 1850-1860 des familles de négociants provenant d’Alsace, de Suisse, des Pays-Bas ou d’Allemagne comme Marande, Dussueil, Van der Velde, Senn.

LA PORTE OCÉANE

Considéré comme l’un des plus grands ports de l’époque, le Havre est la « porte de l’Amérique ». Ville de départ et d’arrivée de nombreuses denrées et marchandises (cotons, café, cacao, sucre, bois exotiques, etc.), que les négociants font venir du monde entier pour les redistribuer en France et dans toute l’Europe.

Le port est un point de passage pour les candidats à l’émigration vers l’Amérique. La seconde moitié du XIXe siècle voit naître également les voyages transatlantiques.

EMBARQUEZ POUR NEW YORK

L’année 1831 voit naître une ligne de paquebots à destination de New York, mais c’est en 1847 qu’un groupe d’armateurs havrais fonde la première compagnie générale des paquebots transatlantiques. A partir de 1864, le port devient le point de départ de la ligne le Havre - New York surnommée la French Line, assurée par le paquebot à voile et à vapeur : le Washington. Construit par la Compagnie Générale Transatlantique, le Washington mettra 13 jours pour relier New York. C’est le début de l’ère des paquebots ! Suivent ensuite les paquebots mythiques du XXe siècle dont le Normandie et le France, les plus célèbres d’entre eux. Ce dernier, construit à Saint-Nazaire, entre pour la première fois dans le port du Havre le 23 novembre 1961. Il est accueilli par environ 100 000 Havrais et devient la fierté de la ville et du pays. La même année, la maison de la culture, futur musée André Malraux est inaugurée annonçant une nouvelle ère pour les pratiques culturelles.

LA NOUVELLE CAPITALE DES ARTS

Représentée à de nombreuses reprises par des peintres comme Bonington, Garnenay ou encore Isabey pour sa luminosité, la ville est le lieu de prédilection des peintres de marines.

Vues pittoresques des bassins, de la tour François 1er, de l’entrée du port, des grands navires à quai, témoignent de l’intérêt que manifestent les artistes à l’égard de cette ville qui les accueille régulièrement. Le séjour des peintres contribue au développement d’un réseau d’amateurs et de collectionneurs, issus de la bourgeoise locale, constitué de négociants fraîchement arrivés. A l’initiative de ces derniers et du maire Adrien Lemaitre est fondée, le 20 juin 1839, la Société des Amis des Arts dans le but de « répandre le goût des beaux-arts et particulièrement de la peinture au Havre». En 1845, le musée des beaux-arts est inauguré sur l’avant-port devenant ainsi un lieu de rencontre et d’échange pour la toute nouvelle société.

LA VAGUE

Dans les années 1860, les artistes se passionnent pour la mer. La vague, motif à part entière, fascine autant les peintres que les photographes qui goûtent aux plaisirs des bains de mer.

De 1865 à 1869, Courbet séjourne régulièrement au Havre, à Honfleur, Trouville, Deauville et Étretat, où fasciné par le mouvement des vagues, il réalise ses « paysages de mer ». Il n’est pas le seul à vouloir représenter le mouvement insaisissable de l’eau, d’autres peintres comme Boudin, Whisler ou Monet déclinent aussi le thème de la vague dans leurs toiles.

Devenant un sujet à part entière dès la seconde moitié du XIXe siècle, la vague intéresse également des photographes comme Le Gray qui l’immortalise dans ses clichés des côtes normandes et bretonnes.

PORTRAITS DE COLLECTIONNEURS

Attirées par l’essor économique de la ville, des familles de négociants provenant de toute l’Europe y développent leurs activités et constituent des collections d’art. Certains de ces passionnés s’intéressent particulièrement à la nouvelle génération de peintre et à l’avant-garde : Olivier Senn (1864-1959), Charles-Auguste Marande (1858-1936), Georges Dussueil (1848-1926), Pieter Van der Velde (1848-1922).

 

OLIVIER SENN

Négociant en coton havrais féru d’art, Olivier Senn (1864-1959) se passionne très tôt pour l’art et s’implique rapidement dans la vie culturelle de sa ville. Né au Havre au sein d’une famille protestante originaire de Suisse, Olivier Senn étudie le droit à Paris puis s’inscrit au barreau du Havre avant de devenir administrateur de la Compagnie cotonnière, aux côtés de Charles-Auguste Marande, amateur d’art comme lui et de son beau-père Ernest Siegfried.

Son intérêt pour l’art se manifeste en 1896 lorsqu’il adhère à la Société des amis des arts, peu après son père, son beau-père et les Marande. En 1902, il en devient membre administrateur et c’est probablement à partir de là que débute sa collection. En 1906, il devient membre fondateur du Cercle de l’Art Moderne – créé sous l’impulsion des peintres Braque, Dufy et Othon Friesz – aux côtés d’autres grands collectionneurs havrais tels Charles-Auguste Marande, Georges Jean-Aubry, Van der Velde, Dusseuil…

 

Jusqu’en 1930, Senn enrichit sa collection d’œuvres de la seconde moitié du XIXe siècle et de pièces contemporaines avec une prédilection pour les impressionnistes (Sisley, Monet, Renoir, Guillaumin), qu’il complète d’œuvres plus anciennes d’artistes majeurs (Delacroix, Courbet) et qu’il ouvre aux néo-impressionnistes (Cross), aux Nabis (Sérusier, Bonnard, Vuillard) et aux Fauves (Marquet, Matisse).

Il s’intéresse aussi au dessin, en achetant un ensemble de plus de quarante dessins de jeunesse de Degas ainsi que des aquarelles et pastels de Boudin, Guillaumin et Cross. Ces œuvres, il les acquiert dans les galeries parisiennes Bernheim-Jeune, Druet, Durand-Ruel ou dans les salles des ventes. Collectionneur prudent, Senn n’a jamais été « le collectionneur de toutes les avant-gardes ». En dehors de Marquet, Guillaumin et Valloton, il achète peu d’œuvres contemporaines même s’il est le premier acquéreur français de De Chirico. Il y a bien une œuvre qui dénote dans sa collection, c’est Bougival du fauve André Derain. Cette toile n’a pas été acquise par Senn mais par son beau-père. Ainsi en 1905, Ernest Siegfried entend provoquer son gendre et ses goûts avant-gardistes en lui offrant cinq œuvres parmi les plus « loufoques et les plus laides » exposées au Salon des Indépendants.

CHARLES-AUGUSTE MARANDE

D’origine alsacienne, Charles-Auguste Marande (Benfeld 1858 – Le Havre 1936), négociant en coton et grand amateur d’art, est un notable de la ville du Havre. Travaillant au coté de Senn au sein de l’entreprise d’Ernest Siegfried, il devient en 1902 vice président de l’Association cotonnière coloniale. Deux ans après, il fonde la Ligue coloniale du Havre, un établissement dont le but est de sensibiliser les milieux havrais à la cause coloniale. Par la suite, il se consacrera uniquement à la cause coloniale en créant l’Ecole pratique coloniale. L’homme d’affaire est également passionné de peintures : il est très attentif à l’actualité artistique et fréquente régulièrement les salles des ventes et les galeries d’avant-garde parisiennes (Bernheim-Jeune, Kahnweiler, Druet…).

Son parcours ressemble beaucoup à celui d’Olivier Senn, même si celui-ci est plus jeune que lui. Pendant près de quarante ans, il siège à ses côtés à la Compagnie cotonnière. 

Ils sont impliqués dans les mêmes réseaux artistiques : membre de la Société des amis des arts en 1902, co-fondateur du Cercle de l’art moderne et membre de la commission d’achat du musée. Tout comme Senn, Marande débute sa collection à la fin du XIXe siècle probablement avec une œuvre de Boudin. Au fur et à mesure, il se constitue une collection où dominent les impressionnistes et les Fauves. Sa collection compte également des œuvres de Delacroix, Corot, Fantin-Latour, Vuillard, Maufra…

En 1907, il se porte acquéreur de L’excursionniste de Renoir lors d’une vente, alors que son confrère Van der Velde achète une Femme assise et Au café concert et Senn Nini Lopez. Une émulation stimulante est bien perceptible entre collectionneurs. Par ailleurs, Marande et Van der Velde sont de fervents admirateurs de Van Dongen. Marande en possède trois : Le Bouquet, La Parisienne de Montmartre, Les cavaliers du bois de Boulogne. Ce fauve hollandais est aussi apprécié d’un autre amateur : Georges Dusseuil.

Mais l’œuvre la plus atypique de sa collection est le tableau cubiste d’André Lhote Les arbres à Avignon.  Sans héritier, il décide dès 1929 de léguer l’intégralité de sa collection au musée du Havre. Ses œuvres intègrent le musée à sa mort en 1936 et viennent enrichir le fonds du musée.

GEORGES DUSSUEIL

Originaires de Provence, les Dussueil s’installent dans les différents ports du Nord de la France poussés par leurs activités commerciales. En 1880, la famille fonde au Havre « Dussueil et Cie ». Georges Dussueil (1848-1926) devient vite une personnalité respectée du Havre et fait partie de nombreuses associations. A partir de 1882, il entre au sein de la société des amis des Arts, participe aux activités de la commission d’acquisition du musée et devient membre fondateur du Cercle de l’art moderne en 1906. L’amateur joue un rôle majeur dans l’ouverture du musée à la création contemporaine.

 

Sa collection

En 1880, Dussueil a 32 ans quand il commence sa collection de tableaux. Il débute en acquérant des toiles et aquarelles d’Eugène Boudin. L’amateur possède jusqu’à neuf peintures de Boudin, qu’il prête pour l’exposition rétrospective de l’artiste organisée par le Cercle de l’art moderne en 1906.

Excepté deux œuvres de Pissarro et un pastel de Sisley, Dusseuil n’a pas d’attrait particulier pour les peintres impressionnistes contrairement aux autres collectionneurs. Il leur préfère les fauves et les Nabis, que lui procurent  les galeries Bernheim et Berthe Weill, Bonnard et Vuillard notamment, avec leurs scènes intimistes.

L’amateur soutient autant les jeunes artistes novateurs que les peintres régionaux comme Dufy et Friesz (natifs du Havre). On trouve dans sa collection des œuvres de l’école d’Honfleur, de l’école de Rouen et de l’école bretonne.

 

Une œuvre atypique

Vers 1904, une œuvre aussi exceptionnelle qu’atypique entre dans sa collection. Il s’agit d’un portait d’enfant réalisé par Gauguin Monsieur Loulou (Louis le Ray). Louis Le Ray dit Loulou est le neveu de Georges Dusssueil. Son portrait a été peint chez ses parents pendant la période bretonne du peintre, fait rare car l’artiste a très peu peint de vrais portraits d’enfants à ce moment-là. 

Exceptionnelle par son histoire et sa rareté, cette toile aux couleurs vives a été placée dans le salon de l’amateur entre un bouquet de fleurs d’Odilon Redon et le Carnaval à Fécamp d’Albert Marquet.

PIETER VAN DER VELDE

Né à Rotterdam en 1848, Pieter Van der Velde s’installe au Havre au lendemain de la guerre de 1870, au sein de la communauté protestante. Ses affaires sont assez prospères, il peut ainsi commencer sa collection.Par l’intermédiaire de son beau-père, il rencontre Eugène Boudin à qui il achète les premières toiles de sa collection. 

Il est rapidement captivé par le travail des impressionnistes. Proche des peintres, il entretient des relations amicales avec Pissarro à qui il achète des œuvres jusqu’en 1903. On trouve aussi dans sa collection des peintures de Monet, Sisley, Renoir.

Au début du XXe siècle, le collectionneur s’intéresse davantage aux artistes d’avant-garde comme Derain, Vlaminck, Friesz et Van Dongen. De ce fauve hollandais, il possède notamment dix peintures. Sa collection a compté jusqu’à 200 tableaux.

Van der Velde : l’ami des peintres

Boudin

Ses œuvres occupent une place centrale dans sa collection. D’ailleurs, la correspondance qu’il a entretenue avec le peintre - conservée au musée du Havre - atteste des relations presque familiales qu’ils entretenaient. Ces lettres sont de véritables témoignages sur la constitution de sa collection ainsi apprend-on que treize tableaux ont été achetés directement à l’artiste.

Même si au début Van der Velde acquiert auprès de l’artiste, il se fournit par la suite chez divers marchands comme Durand-Ruel et Berheim : ses principaux fournisseurs de peintures impressionnistes. En 1900, l’amateur renouvelle son fonds en se séparant de huit Boudin qu’il remplace par des peintures de Pissarro, Monet, Renoir et Sisley.

Pissarro

Quand il s’installe au Havre au début de l’été 1903, sur les conseils de Van der Velde, sa peinture est déjà très présente dans les collections privées locales. Le collectionneur et l’artiste se sont rencontrés à Paris chez le marchand Durand-Ruel.

Van der Velde possède un fonds comprenant plus d’une dizaine d’œuvre du maître. Il le prend sous son aile, lui fait visiter la ville, l’emmène déjeuner en compagnie d’amateurs avertis et le présente à des éventuels acheteurs. En retour, le peintre offrira à Madame Van der Velde une toile intitulée Le Fort de la jetée sud du Havre. A la fin du mois de septembre 1903, Pissarro quitte le Havre pour Paris où il meurt peu de temps après.

 

 

 

LES NUS, TRÉSORS CACHÉS DES COLLECTIONNEURS
LE CERCLE DE L'ART MODERNE (1906-1910)

L’année 1906 est marquée par la naissance d’une nouvelle association « le Cercle de l’art moderne » fondée par les peintres havrais Braque, Dufy et Friesz, désireux de faire connaître les nouvelles tendances en peinture, en sculpture, en musique…

 

1906 : ANNÉE DE LA MODERNITÉ

Quelques mois après le scandale de la cage aux fauves du Salon d’Automne de 1905, se crée au Havre le Cercle  de l’art moderne, association nouvelle, dissidente de la Société des amis des arts. Elle a été fondée sous l’impulsion des peintres Braque, Dufy et Friesz afin de faire connaître à un large public les nouvelles tendances artistiques modernes aussi bien en peinture et en sculpture, qu’en architecture, en musique, en poésie et dans les arts décoratifs.

Il est constitué de figures du monde de l’art parisien, de membres fondateurs d’origine havraise issus de la Société des amis des arts (1880). Quatorze peintres siègent au conseil d’administration aux côtés de huit négociants en café et coton.

Le Cercle est présidé par l’architecte parisien Edouard Choupay épaulé par son secrétaire George-Jean Aubry, homme de lettres et critique d’art. Quatre comités le composent, dédiés respectivement aux Beaux-arts, à la musique, à la littérature et aux expositions. On retrouve dans ce dernier : Charles-Auguste Marande, Pieter Van der Velde et Georges Dussueil.

 

 

 

LE CERCLE DE L’ART MODERNE
PRESENTATION DE L’EXPOSITION

 

Interview d’Annette Haudiquet, commissaire de l’exposition et conservateur en chef au Musée d’Art moderne André Malraux - MuMa

UN DIALOGUE ENTRE LES ARTS

Le 27 avril 1906, « Verlaine et la musique contemporaine », vient inaugurer une série de conférences musicales chaleureusement accueillies par le public. Fort de ce succès, G.-J. Aubry les exporte à Épernay, Blois, Paris ainsi qu’à Bruxelles, Londres ou Zurich.

Des conférences littéraires ainsi que des concerts de musique venant parfois accompagner les expositions sont également organisés. La fin de l’année 1906 est marquée par un grand récital, donné par le pianiste catalan Ricardo Viñes, qui interprète alors Debussy, Ravel, Fauré.

Deux ans plus tard, une soirée entière est consacrée à Debussy, membre d’honneur du Cercle. On joue ses compositions entrecoupées  de correspondances de Baudelaire et de Mallarmé devant un public havrais conquis. Debussy écrit à G.-J. Aubry sans attendre : « Vous êtes, décidément, l’homme, qui a discipliné le miracle.. ! Et Le Havre […] vous devra d’être bientôt la ville de France où l’on entendra la meilleure musique. »

1910 : LA FIN DU CERCLE

Malgré une actualité musicale riche, il n’y aura pas d’exposition de peinture en 1910. Les artistes havrais membres fondateurs du Cercle s’éloignent du Havre en exposant à Rouen, à Paris ou à l’étranger, les amateurs se dispersent dans d’autres associations et des dissensions naissent au sein du cercle.

En plus de ces frictions, le départ pour Paris du président Choupay et de son secrétaire G.-J. Aubry contribue à précipiter  la fin du Cercle de l’art moderne. Il n’en demeure pas moins que l’aventure du Cercle aura permis à la ville de devenir pendant quelques années « le bastion de l’art moderne ».

DES FAUVES SUR LE PORT

Considéré comme l’un des hauts lieux du Fauvisme, le Havre et son port deviennent, après 1905, les sujets de prédilection des peintres Braque, Dufy, Friesz ou Marquet.

 

LE SALON D’AUTOMNE

Le Salon d’Automne a été créé en 1903 au Petit Palais par le belge Franz Jourdain, architecte, homme de lettres et grand amateur d’art et par ses amis Eugène Carrière, G. Desvallières, Guimard, Félix Valloton et Vuillard. Une année après, le salon déménage pour le Grand Palais, où sont exposés Cézanne, Redon, Renoir. Tous les arts sont représentés peintures, dessins, sculptures, arts décoratifs, photographie …

Le scandale éclate en 1905 avec la fameuse salle VII annoncée comme l’un des temps forts du salon. Y étaient regroupées des œuvres très colorées de Matisse, Manguin, Camoin, Derain et Vlaminck autour de deux marbres blanc de Marque. 

Le contraste entre les toiles aux couleurs vives et le marbre blanc interpelle les spectateurs, notamment le critique d’art Louis Vauxcelles qui parla de « Donatello chez les Fauves ». Le mot est lâché et se transforme en « cage aux fauves ». Le fauvisme est lancé.

Parmi toutes les associations de province tournées vers l’art moderne, celle du Havre était vraiment la plus orientée vers les fauves. Comme pour Rouen et l’impressionnisme, le Havre est vite associé au fauvisme avec pour figures emblématiques Braque, Friesz, Dufy ou Marquet qui participent au Salon d’automne. Fascinés par cette libération de la couleur, les havrais furent d’ailleurs les premiers collectionneurs français de peintures fauves : Dussueil a acheté La plage Rouge et Vue de Collioure de Matisse et Van der Velde La fenêtre ouverte.

DES COLLECTIONNEURS DE FAUVES : 
STEIN ET VAN DER VELDE

Le 18 octobre 1905, le Salon d’automne ouvre ses portes. Dans la salle VII, Matisse expose six peintures et deux aquarelles, parmi elles deux œuvres emblématiques : La femme au chapeau et La fenêtre ouverte sur Collioure, peintes pendant l’été. Malgré les critiques, La femme au chapeau est achetée quelques semaines après le salon par les collectionneurs américains Leo et Gertrude Stein pour 450 francs.

Premiers acheteurs de Matisse et de Picasso, ils accueillent chez eux toute l’avant-garde artistique et constituent ainsi une des plus étonnantes collections d’art moderne. Au printemps 1906, la galerie Eugène Druet consacre une grande rétrospective à Matisse. Fervent admirateur du peintre, le négociant Pieter Van der Velde se porte acquéreur de La fenêtre ouverte. Trois mois après cet achat, Dussueil acquiert deux œuvres de la même série.

 

 


 

DES COLLECTIONNEURS D’AVANT-GARDE AU SALON D’AUTOMNE

" Mets ta jupe en crotone et ton bonnet mignonne, nous allons rire un brin de l’art contemporain et du salon d’Automne " écrivait Apollinaire. 

LES RELATIONS COLLECTIONNEURS/PEINTRES

Eugène Boudin, Camille Pissarro et Albert Marquet figurent parmi les artistes les plus appréciés des amateurs havrais. La plupart entretiennent des relations amicales avec ces peintres et deviennent parfois pour eux de véritables mécènes.

 

BOUDIN : APPRÉCIÉ DES COLLECTIONNEURS

Arrivé au Havre en 1835, Eugène Boudin (1824-1898) est un peintre très prisé des amateurs de la ville notamment de Pieter Van der Velde mais aussi Ferdinand Martin et Jules Roederer, également négociants en coton et collectionneurs. Qualifié d’ « ardent » collectionneur par l’artiste, Van der Velde achète de nombreux tableaux du peintre et entretient une correspondance avec lui dès 1888. Ces lettres témoignent de la relation amicale qu’entretenaient le peintre et l’amateur. « N’avons nous pas commencé la vie ensemble ? » lui écrivait Boudin.

PISSARRO ET LES COLLECTIONNEURS HAVRAIS

Sur les conseils de son ami le collectionneur Pieter Van der Velde, Camille Pissarro s’installe au Havre en 1903 afin de poursuivre la série des ports qu’il avait commencée à Rouen et Dieppe. Installé dans un hôtel avec vue sur le port, Pissarro reçoit de nombreux visiteurs, en particulier des amateurs, qui possèdent déjà dans leurs collections ses œuvres. Véritable mécène, Van der Velde semble aussi avoir joué un rôle d’intermédiaire entre l’artiste et ses amis collectionneurs. Dans une lettre adressée à sa femme, le peintre raconte avoir réussi à vendre à un ami de Van der Velde l’une de ses toiles. Cet ami n’est autre que Dussueil. L’ensemble constitué par Dussueil est beaucoup plus modeste que celui de son ami puisqu’il ne compte que deux peintures de Pissarro, l’une représente Rouen, l’autre le port du Havre. Pendant cette « période havraise » qui a duré quelque mois, il réalise vingt-quatre toiles.

MARQUET AU HAVRE

Les œuvres d’Albert Marquet, peintre le « plus tempéré des fauves » semblent faire l’unanimité auprès des amateurs. Dès 1905, il expose au Salon de la Société des amis des arts de la ville deux paysages qu’il a réalisés lors d’un séjour à Saint-Tropez. Les peintures de Marquet sont très présentes dans les collections havraises : Olivier Senn et Georges Dussueil possédent respectivement quinze et treize toiles, Pieter Van der Velde en compte cinq et Charles-Auguste Marande, trois. Senn et Dussueil entretiennent des relations privilégiées avec l’artiste. Senn, le plus jeune des collectionneurs possède l’ensemble le plus complet puisqu’il rassemble aussi bien des peintures que des dessins, des natures mortes comme des paysages…Dussueil lui rend régulièrement visite à Paris de 1900 à 1905. Dussueil, Marande, Senn ont possédé chacun au moins une vue du Quai des Grands-Augustins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 de parcours numériques

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur du parcours numérique : Julie Viroulaud

 

 

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