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 La Joconde aux clés, image
La Joconde aux clés © Photo GrandPalaisRmn (musée Fernand Léger) / Gérard Blot ADAGP, Paris

De la nature morte au vide-poche : quand Léger et les Nouveaux Réalistes subliment le réel

À découvrir dans l'exposition 

Type(s) de public Tout public

Ils nous accompagnent au quotidien : clés, boîtes, outils, affichettes… Mais regarde-t-on vraiment ces objets ? Fernand Léger, dès les années 1920, en fait le cœur de sa peinture. Fini la table, finie la perspective. Place à des objets suspendus dans l’espace, magnifiés par la couleur et les contrastes.

 « L'objet [...] devait devenir personnage principal et détrôner le sujet. »

Fernand Léger, 1945

Au XXe siècle, l’objet envahit le quotidien. Sa multiplication rapide transforme notre rapport à la vie, et bien qu’il soit omniprésent, il reste souvent invisible. Pourtant, c'est autour de ces objets, symboles de la société moderne, que Fernand Léger et les Nouveaux Réalistes vont redéfinir les codes de l'art.

Selon Léger, “80% des éléments et objets qui nous aident à vivre ne sont qu’aperçus par nous dans la vie courante, tandis que 20% sont vus”. Mais lorsque l’on prend le temps de les regarder, ces objets, souvent standardisés et colorés, révèlent une beauté insoupçonnée.

Les œuvres présentées dans l'exposition nous invitent à repenser la place de ces objets dans l'art : ils ne sont plus porteurs de symboles, comme c'était souvent le cas dans la peinture classique, mais sont valorisés pour leurs qualités plastiques, leur forme, leur texture, leur couleur.

Si Fernand Léger représente ces objets dans nombre de ses toiles, les Nouveaux Réalistes choisissent parfois d’insérer directement des objets dans leurs œuvres. En accumulant et réarrangeant des objets du quotidien, ils en soulignent la dimension esthétique, tout en questionnant notre perception.

Zoom sur l’oeuvre La Joconde aux clés

Tableau La Joconde aux clés de Fernand Léger
La Joconde aux clés, Fernand Léger © GrandPalaisRmn, Gérard Blot © Adagp, Paris, 2025

La Joconde, symbole de la peinture classique, fait une apparition inédite dans une œuvre de Léger en 1930. Mais cette fois, ce n’est pas son sourire qui intrigue : c’est un trousseau de clés. Agrandi, isolé, centré, cet objet devient le véritable protagoniste du tableau. Aux côtés d’une boîte de sardines – un autre objet ordinaire, sans prétention – il flotte dans un espace vide, hors du temps et de toute perspective.

Avec ce tableau, Léger va plus loin dans sa recherche sur l’objet. Il joue avec les contrastes, les couleurs, les échelles, et place côte à côte une figure mythique de la Renaissance et un objet emblématique de la modernité industrielle. L’objet utilitaire n’est plus secondaire, il devient l’élément central de la composition.

Tableau Seita de Raymond Hains
Seita, Raymond Hains © Ville de Nice © Adagp, Paris, 2025

Cette même réflexion se retrouve chez les Nouveaux Réalistes et notamment Raymond Hains, dans son œuvre Seita, également présentée dans l’exposition. Avec sa boîte d’allumettes géante, il détourne l’objet banal pour en faire une œuvre d’art. Un geste empreint d'humour et de subtilité qui interroge le regardeur : que choisit-on de voir ?

En filigrane, une même volonté : ralentir, observer, magnifier l'ordinaire. Une façon de dire que l’art peut surgir n’importe où. Même au fond d’un vide-poche.

 

À découvrir

La Joconde aux clés, Fernand Léger
La Joconde aux clés, Fernand Léger © GrandPalaisRmn (musée Fernand Léger) / Gérard Blot ADAGP, Paris
Tous Léger ! La bande-annonce de l'expo