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Photo, portrait de l'artiste
Portrait de Leonora Carrington © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / image Archiv Landshoff

Leonora Carrington : portrait d’une artiste singulière

À la découverte d’une artiste visionnaire

Peintre, écrivaine et figure majeure du surréalisme, Leonora Carrington a laissé derrière elle un héritage aussi extraordinaire que radical. L’exposition présentée au Musée du 18 février au 19 juillet revient sur le parcours de cette artiste libre et visionnaire, d'abord proche des cercles parisiens surréalistes, puis exilée au Mexique où elle devint une icône culturelle. À travers une approche chronologique et thématique, elle dévoile la richesse de son univers et une présentation inédite de ses créations diverses.

Enfance et mondes imaginaires

Née en 1917 dans le Lancashire en Angleterre, Leonora Carrington grandit au sein de la haute bourgeoisie industrielle sous l’autorité distante d’un père absent et d’une mère d’origine irlandaise. Bercée par les contes celtiques et les récits mythologiques transmis par sa famille maternelle, elle dessine très tôt des animaux fantastiques et invente des mondes hybrides. Jeune fille, elle se rebelle contre les règles strictes des pensionnats et forge son propre imaginaire.

Photo, portrait de l'artiste
Portrait de Leonora Carrington © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / image Archiv Landshoff

La rencontre décisive avec le surréalisme

Adolescente, elle poursuit sa formation à Florence, en Italie, où elle découvre les maîtres du Trecento et du Quattrocento et réalise sa série d’aquarelles Sisters of the Moon, peuplée de figures féminines rebelles.

De retour à Londres, elle fréquente la Chelsea School of Art et découvre le surréalisme à l’International Surrealist Exhibition de 1936. C’est là qu’elle rencontre Max Ernst, futur compagnon et figure clé de son émancipation artistique.

Leonora Carrington, Double Portrait (Self-Portrait with Max Ernst) [Double portrait (Autoportrait avec Max Ernst)], 1938 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © Courtesy Gallery Wendi Norris, San Francisco
Leonora Carrington, Double Portrait (Self-Portrait with Max Ernst) [Double portrait (Autoportrait avec Max Ernst)], 1938 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © Courtesy Gallery Wendi Norris, San Francisco

Saint-Martin-d’Ardèche, un refuge pour créer librement

Installée avec Ernst dans le sud de la France en 1938, Leonora peint, écrit et sculpte dans un dialogue constant avec son compagnon. Sa maison devient un terrain de jeu fantastique : animaux hybrides, figures féminines et scènes oniriques peuplent ses œuvres.

Ces années marquent l’affirmation de sa singularité au sein du surréalisme.

 Leonora Carrington, Fenêtre à Saint-Martin-d’Ardèche, 1938 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © Michel Tissot dit Daubery
Leonora Carrington, Fenêtre à Saint-Martin-d’Ardèche, 1938 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © Michel Tissot dit Daubery

Traumatismes, exil et renaissance artistique

La Seconde Guerre mondiale bouleverse brutalement cette période de créativité. L’arrestation de Max Ernst par la police française et son internement contraignent le couple à la séparation. Carrington se réfugie en Espagne à partir de 1940. Mais fragilisée par cet éloignement forcé, isolée de sa famille, puis violée par des soldats franquistes à Madrid, elle sombre dans une grave dépression. Elle est internée dans une clinique psychiatrique à Santander et plonge dans une grande souffrance psychologique. Cet épisode traumatique, qu’elle racontera quelques années plus tard dans le bouleversant récit “En Bas” (1945), marque durablement sa vie et son œuvre.

Libérée après des mois de réclusion forcée, Leonora Carrington traverse l’Atlantique et s’installe d’abord à New York, avant de trouver refuge au Mexique. Ce déplacement inaugure un sentiment d’exil permanent, qui nourrit une iconographie de créatures flottantes, de territoires en fuite et de paysages instables. Son œuvre devient alors le miroir de cette dérive existentielle et d’une identité en perpétuel mouvement.

Plusieurs personnages colorés dans un décor imaginaire
Leonora Carrington, Retrato del Dr. Urbano Barnés, 1946 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © GrandPalaisRmnEditions

Le Mexique, terre d’adoption et de réinvention

Au Mexique, Leonora Carrington poursuit la voie ouverte par le surréalisme et retrouve une communauté d’artistes européens et mexicains. Elle épouse le photographe Chiki Weisz et donne naissance à deux fils. L’expérience de la maternité devient une source d’inspiration majeure et transforme son univers pictural : contes, scènes domestiques et figures féminines protectrices apparaissent dans des œuvres marquées par une tendresse nouvelle et par la puissance de l’imaginaire narratif.

Mythes, féminisme et héritage

Durant toute sa vie, Carrington explore les zones secrètes de la connaissance, marquées par l’occultisme et les rituels ésotériques. Ses œuvres regorgent de symboles cryptés, d’incantations dissimulées et de signes initiatiques.

Dans les années 1960, l’artiste s’engage auprès de cercles féministes mexicains. Elle transforme son art en instrument de sororité, de conscience politique et joue un rôle central dans la féminisation du surréalisme : elle montre que les femmes ne sont pas de simples muses, mais des créatrices à part entière.

Avec le temps, la reconnaissance s’accélère : d’importantes expositions individuelles sont organisées, elle est faite citoyenne d’honneur de la ville de Mexico et devient membre de l’ordre de l’Empire britannique. Elle reçoit aussi le Prix national des sciences, lettres et arts du Mexique dans la catégorie Beaux-Arts.

Leonora Carrington, A Map of the Human Animal [Une carte de l’animal humain], 1962 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © Collection of Marguerite Steed Hoffman / Jeff McLane
Leonora Carrington, A Map of the Human Animal [Une carte de l’animal humain], 1962 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © Collection of Marguerite Steed Hoffman / Jeff McLane

Décédée en 2011 à l’âge de 94 ans, Carrington laisse un univers unique où le réel et le rêve se confondent, et où l’imaginaire devient langage et refuge. À la fois pionnière des voix féminines du surréalisme et l’une de ses dernières grandes figures, elle demeure une artiste radicale, libre et résolument contemporaine.

L’exposition au Musée du Luxembourg offre une occasion rare de découvrir l’ampleur et la richesse de l’œuvre de Leonora Carrington : un parcours pour partir à la rencontre d’une artiste libre, visionnaire et inclassable, dont l’imaginaire continue d’éclairer notre époque.

À découvrir

Une femme bien apprêtée avec un cheval blanc
Leonora Carrington, Sisters of the Moon, Diana, 1932 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris
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