Apothéose d'après Delacroix Paris, musée d’Orsay (dépôt à Aix-en-Provence, musée Granet) © Photo Rmn - Grand Palais (musée d’Orsay) Hervé Lewandowski
Peinture

Apothéose d'après Delacroix

CÉZANNE ET LES MAÎTRES ANCIENS : L’APOTHÉOSE DE DELACROIX

 

Les séjours de Cézanne à Paris sont l’occasion de copier et de s’inspirer des grands maîtres dont il découvre les œuvres au Musée du Louvre ou au Musée du Luxembourg. Son intérêt pour la peinture classique se traduit jusque dans les années 1880 par des sujets faisant référence à la littérature épique, à la tradition chrétienne ou à la mythologie grecque.

Cézanne cherche à renouveler ces sujets en explorant de nouvelles voies picturales. Il se libère du dessin et du contour et travaille ses compositions avec la couleur. Ses liens avec le groupe des impressionnistes témoignent de cette aventure picturale qu’il formalise en ces termes, selon le témoignage de Joachim Gasquet publié en 1921 : « Le dessin est une pure abstraction, la ligne et le modelé ne comptent pas, le dessin et le contour ne sont point distincts, tout, dans la nature étant coloré (…). Au fur et à mesure que l’on peint, que l’on dessine, la justesse du ton donne à la fois la lumière et le modelé de l’objet, et plus la couleur s’harmonise, plus le dessin va en se précisant »

Pour Cézanne, Delacroix est un modèle, un maître, une figure tutélaire avec laquelle il dialoguera toute sa vie au travers de tableaux et de dessins. En arrivant à Paris, Cézanne a pu découvrir ses toiles au Musée du Louvre et au Musée du Luxembourg qui était alors le Musée des peintres vivants. Cézanne appréciait la manière que Delacroix avait d’utiliser des couleurs vibrantes. Dès 1863, il copie La Barque de Dante, exposée au Musée du Louvre.

Nous découvrons ici l’Apothéose de Delacroix. Le thème de cette esquisse est emprunté aux images d’apothéoses des empereurs romains ou aux Assomptions chrétiennes. Cézanne rend hommage à celui qu’il surnommait le « grand Maître » en l’associant à ces empereurs qui devenaient, à leur mort, l’objet d’un culte officiel. Deux anges dans le ciel soulèvent le corps nu du peintre tandis qu’en contrebas, des adorateurs en prière contemplent cette ascension. Si le thème et le traitement de la composition sont on ne peut plus oniriques, les personnages n’en sont pas moins réels. Cézanne a en effet figuré Camille Pissarro devant son chevalet et Claude Monet, coiffé d’un chapeau conique. On reconnaît également le maître d’Aix un bâton à la main et un chien à ses côtés. A l’extrême gauche, Victor Chocquet,  grand collectionneur de Delacroix et fidèle soutien de Cézanne, se tient debout sous un arbre.

(Auteur : Marguerite Moquet)

 

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