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Vue de l'exposition Tarsila do Amaral au Musée du Luxembourg
Vue de l'exposition Tarsila do Amaral © Didier Plowy pour GrandPalaisRmn 2024

Tarsila do Amaral : l’artiste qui a "dévoré" l’Europe

À découvrir dans l’expo

Type(s) de public Tout public

Le point de départ d’un mouvement audacieux

Tout commence en 1928, avec un cadeau un peu particulier. Pour l’anniversaire de son mari Oswald de Andrade, Tarsila do Amaral peint un tableau qui va marquer l’histoire de l’art brésilien : Abaporu.

Face à cette figure aux pieds gigantesques plantés sur le sol, Oswald a une révélation. Inspirés par la peinture, à laquelle ils donnent le nom Abaporu, “homme qui mange un autre homme” en langue tupi-guarani, ils décident de lancer un mouvement artistique et littéraire profondément brésilien. C’est ainsi qu’émerge le mouvement anthropophage, avec la rédaction du Manifesto Antropófago, un texte qui deviendra l’axe théorique de ce mouvement.

L’anthropophagie, ou l’art de “dévorer” les influences étrangères

Mais qu’est-ce que le mouvement anthropophage ? Ce mouvement s’inspire d’une pratique indigène : dévorer l’autre pour en absorber les qualités. Ici, cette idée devient une métaphore puissante. L’anthropophagie propose d’assimiler puis de “digérer” les cultures étrangères et colonisatrices pour créer une identité brésilienne unique.

Les artistes cherchent à rompre avec l’influence européenne qui étouffe les expressions populaires. Ils veulent redécouvrir l’authenticité primitive du Brésil en s’inspirant des mythes indigènes, africains et ruraux. L’objectif est clair : construire une identité brésilienne authentique, née de ce métissage culturel.

Abaporu V, 1928
Abaporu V, 1928 © Photo Romulo Fialdini © Tarsila do Amaral Licenciamento e Empreendimentos S.A 

Abaporu, une oeuvre clé

Délaissant les sujets populaires et les formes cubistes, Tarsila adopte désormais un style plus symbolique que narratif. Mêlant éléments naturels et architecturaux dans des paysages suggestifs et évocateurs, ses œuvres transportent dans un univers magique et onirique.

Inspirée par un de ses voyages à Salvador de Bahia, où la population afro-descendante survit difficilement, Abaporu est une de ses œuvres les plus célèbres et une réalisation clé dans l’art brésilien du XXème siècle. Décliné en peinture et en dessin, ce personnage démesuré, en symbiose avec le sol et avec un majestueux cactus fleuri, illustre parfaitement l’idéal anthropophage.

Que ça soit par l’utilisation des couleurs de son enfance, jugées vulgaires ou naïves par la culture dominante, ou par sa réinterprétation du mythe du “bon sauvage”, Tarsila do Amaral interroge l’identité brésilienne dans toute sa diversité. Dès les années 1920, elle s’impose comme une peintre visionnaire, amorçant une réflexion néo-coloniale résolument moderne et toujours d’actualité.

 

Une artiste visionnaire

À cette même époque, les formes de l’artiste brésilienne s’adoucissent et ses toiles se rapprochent des mouvances surréalistes et primitivistes de l’époque. Ses œuvres, avec leurs imaginaires oniriques et religieux, sont également nourries de ses souvenirs d’enfance.

En 1929, Tarsila expose une trentaine d’œuvres à Rio de Janeiro et São Paulo. Ce tournant décisif permet à l'artiste de prendre la place qu’elle mérite dans son pays, après les différents succès connus à Paris. Elle est alors surnommée "la plus grande peintre du Brésil" par ses pairs du mouvement anthropophage et unanimement honorée par la critique et le public pour avoir su retrouver au cœur de sa formation parisienne, "le temps perdu de sa mémoire".

Une femme bien apprêtée avec un cheval blanc
Leonora Carrington, Sisters of the Moon, Diana, 1932 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris
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