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Oeuvre de Pierre Soulages, Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 65,3x50,5cm
Pierre Soulages, Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 65,3x50,5cm, 1947, Musée Soulages, Rodez, Donation de Pierre et Colette Soulages en 2005 © Adagp, Paris, 2025 Photo Musée Soulages, Christian Bousquet

Brou de noix : la recette secrète révélée

Type(s) de public Tout public

Le papier, terrain d’expérimentation

Bien avant l’Outrenoir, Pierre Soulages a trouvé sur le papier un espace de liberté. Par rapport à une peinture sur toile, le papier est beaucoup plus simple et rapide à utiliser. Pas besoin de cadre ni d’enduit : il suffit d’une feuille assez épaisse pour accueillir des matières humides. Et c’est là, sur ces surfaces modestes, qu’il va expérimenter une matière singulière et familière : le brou de noix.

Un souvenir d’enfance devenu matière artistique

Le brou de noix, Soulages le connaît depuis toujours. Enfant à Rodez, il observait son père, fabricant de charrettes, teinter le bois avec cette substance brune tirée des coques de noix. Ce souvenir artisanal devient, dès 1946, une matière de peinture. Son épouse, Colette Soulages, nous raconte.

Dans l’atelier de Courbevoie, où nous arrivons en mars 1946, il a commencé par dessiner avec des fusains et ça l’a intéressé. Et ensuite il a recherché d’autres matériaux dans la boutique où il était allé et c’est alors qu’il a pensé au brou de noix.

Colette Soulages

Une recette maison

Fait maison, le brou se préparait simplement : les coques étaient ramollies, séchées, réduites en poudre, puis délayées.

"Il s’agissait de morceaux de résine qu’on mettait à chauffer dans l’eau. Il en résulte une sorte de jus pâteux, beaucoup plus proche de la peinture que du dessin. C’est souvent moi qui tournais la pâte pour la liquéfier." - Colette Soulages

La chaleur du brun et la lumière du papier

Entre 1947 et 1949, Soulages réalise une cinquantaine de peintures au brou de noix. Ce matériau naturel lui permet d’obtenir un jeu subtil de transparences et d’opacités, de lumière et de sombre : l’un des fils conducteurs de son œuvre.

"J’aimais cette couleur riche à la fois de transparence et d’opacités, d’une grande intensité dans le sombre", confiait-il.

Au moyen d’outils de peintres en bâtiment, il parvenait à une richesse plastique étonnante. Sur ses papiers, de larges signes se dressent, raclés par endroits pour faire apparaître des nuances de brun. Ces gestes énergiques, presque calligraphiques, marquent le véritable départ de son langage pictural.

Vue de l’exposition Soulages - scénographie Véronique Dollfus © Didier Plowy pour le GrandPalaisRmn, 2025
Vue de l’exposition Soulages - scénographie Véronique Dollfus © Didier Plowy pour le GrandPalaisRmn, 2025 © ADGAP, Paris 2025 Photo Didier Plowy pour le GrandPalaisRmn, 2025

Le brou de noix, point de départ d’une œuvre

Soulages lui-même voyait dans ces œuvres un tournant décisif.

C’est avec les brous de noix de 1947 que j’ai pu me rassembler et obéir à une sorte d’impératif intérieur. Par impatience, muni de brou de noix et de pinceaux de peintre en bâtiment, je me suis jeté sur le papier.

Pierre Soulages

De cette impatience naît une écriture picturale singulière qui se démarque des autres démarches abstraites de l’époque.

La reconnaissance par le brun

Plus encore que ses toiles qui commencent à être exposées, ce sont donc ces brous de noix confidentiels qui vont constituer pour le peintre le point de départ de son œuvre. Il n’en sera que plus reconnaissant aux organisateurs allemands d’avoir mis en avant cette pratique radicalement différente : en 1948, un brou de noix est choisi pour l’affiche de l’exposition Französische abstrakte Malerei, itinérante en Allemagne. Cet épisode marque le début de sa reconnaissance internationale.

À partir de cette matière simple et chaleureuse, il avait trouvé le moyen de faire jaillir la lumière du sombre. Un pan de son œuvre à découvrir en ce moment au Musée !

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