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Oeuvre de Leonora Carrington
Leonora Carrington, Artes 110, 1944 © NSU Art Museum Fort Lauderdale; gift of Pearl and Stanley Goodman © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris
Oeuvre de Leonora Carrington
Leonora Carrington, Artes 110, 1944 © NSU Art Museum Fort Lauderdale; gift of Pearl and Stanley Goodman © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris

Leonora Carrington, une voix singulière du surréalisme

Type(s) de public Tout public

Au Musée, l’œuvre de Leonora Carrington se révèle dans toute sa richesse : celle d’une artiste libre, profondément liée au surréalisme, mais dont le parcours personnel a façonné une vision unique de l’art et du monde.

Le destin de Carrington bascule lorsqu’elle découvre le surréalisme à Londres en 1936. Cette rencontre marque un tournant décisif dans sa vie et sa conception même de l’art : le surréalisme lui offre un espace où l’imaginaire, le rêve et la révolte peuvent cohabiter sans contrainte. Portée par cet élan, elle s’immerge rapidement dans cet univers.

L’année suivante, sa rencontre avec Max Ernst change le cours de sa vie. Entre eux naît une relation passionnée, à la fois amoureuse et artistique.

J’étais déjà tombée amoureuse de ses tableaux l’année précédente, alors je suis tombée amoureuse de l’homme. 

Leonora Carrington

Mais le peintre, plus âgé, est déjà marié et la famille de Leonora Carrington refuse cette relation. La jeune femme part alors habiter avec Max Ernst à Paris. Là, elle se retrouve au cœur des activités du groupe surréaliste, avec lequel elle expose l’année suivante lors de l’Exposition Internationale du Surréalisme à la galerie des Beaux-Arts à Paris. Leonora Carrington partage des préoccupations communes avec le surréalisme : la force du rêve comme moteur créatif, les associations d’idées, le refus de la contrainte rationnelle ou morale ainsi qu’un goût certain pour la transgression.

Leonora Carrington Double Portrait (Self-Portrait with Max Ernst)
Leonora Carrington, Double Portrait (Self-Portrait with Max Ernst), 1938 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © Courtesy Gallery Wendi Norris, San Francisco

Le couple choisit ensuite de s’installer dans le village de Saint-Martin-d’Ardèche. Dans une petite maison, les deux artistes mènent une vie fusionnelle et entièrement dédiée à la création : ils vivent et créent côte à côte, transformant leur quotidien en une véritable œuvre d’art totale. Dans leur maison, tout devient support d’expression : Carrington peint les meubles, portes et fenêtres, tandis qu’Ernst investit l’extérieur de créatures fantastiques qui donnent une dimension symbolique à l’ensemble de la maison.

Durant cette période, Carrington s’affirme comme l’une des voix les plus singulières du mouvement. Elle publie ses premiers textes, illustrés par Max Ernst, qui témoignent déjà de son univers peuplé de figures hybrides, de récits énigmatiques et d’une imagination foisonnante. Dans la préface de La Maison de la peur (1938), il la présente comme "la Mariée du Vent". Mais cette parenthèse heureuse est brutalement interrompue par la Seconde Guerre mondiale. L’emprisonnement de Max Ernst et la montée des tensions la poussent à fuir la France.

Fenêtre à Saint-Martin-d’Ardèche représentant une licorne orange
Leonora Carrington, Fenêtre à Saint-Martin-d’Ardèche, 1938 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © Michel Tissot dit Daubery

Son parcours devient alors celui de l’exil et de l’épreuve. Après un séjour en Espagne marqué par un traumatisme profond, elle traverse une période de grande fragilité. Pourtant, loin d’interrompre son élan, ces expériences renforcent son œuvre, en approfondissant encore l’exploration des zones obscures de la conscience, chères au surréalisme.

En 1942, l’artiste découvre le Mexique, qui devient sa terre d’adoption. Elle y trouve une nouvelle communauté d’artistes, souvent eux aussi exilés, et y développe une pratique plus intime. Dans cet environnement, l’art s’intègre pleinement à la vie quotidienne : ses créations s’exposent dans les maisons et les ateliers, lieux de liberté et d’invention. Elle y affirme une indépendance artistique totale, poursuivant son chemin loin des contraintes.

Tout au long de son parcours, Leonora Carrington entretient un lien profond avec le surréalisme. Fascinée par la magie, l’ésotérisme, les mythes et les savoirs anciens, elle enrichit son œuvre d’une dimension mystérieuse et symbolique. André Breton lui-même la décrivait comme une "sorcière […] au regard velouté et moqueur", soulignant l’intérêt et la fascination pour l’occultisme que Carrington avait en commun avec d’autres surréalistes.

Des figures sur un fon de montagne
Leonora Carrington, La joie de patinage, 1941 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © Collection Pérez Simón / Courtesy Christie’s, New York

À travers ces voyages intérieurs et géographiques, l’exposition met en lumière une artiste en perpétuel déplacement, dont la vie et l’œuvre sont indissociables. Une "mariée du vent", comme l’appelait Max Ernst, insaisissable et libre, dont l’imaginaire continue de nous emporter.

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