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Une jeune femme devant une oeuvre de Leonora Carrington
© Didier Plowy pour le GrandPalaisRmn, 2026
Une jeune femme devant une oeuvre de Leonora Carrington
© Didier Plowy pour le GrandPalaisRmn, 2026

Mémoire des origines, nostalgie des rivages : la quête identitaire de Leonora Carrington

Type(s) de public Tout public

Au Musée du Luxembourg, l’exposition consacrée à Leonora Carrington invite à un voyage singulier : celui d’une artiste en quête d’elle-même, traversée par l’exil, la mémoire et le besoin de se reconstruire. Plus qu’un simple parcours chronologique, l’exposition dessine une cartographie intime, où chaque œuvre devient une étape dans la recherche d’une identité fragmentée.

Chez Leonora Carrington, tout commence par une rupture. La guerre, l’internement en Espagne, puis la fuite vers les États-Unis et enfin le Mexique constituent autant de d’épreuves fondatrices. De ces déplacements naît un sentiment d’exil permanent. Ses toiles se peuplent alors de créatures flottantes, d’animaux hybrides, de paysages instables, comme si le monde lui-même avait perdu son ancrage. Son œuvre devient alors le miroir de cette dérive existentielle et d’une identité en perpétuel mouvement.

L’œuvre Artes 110 incarne cette tension. Dans cet autoportrait, l'artiste se représente flottant entre deux rives, comme suspendue entre deux mondes. Le titre renvoie à son adresse à Mexico, un ancrage réel, presque rassurant. Mais la présence d’une rose des vents suggère autre chose : la nécessité de se trouver un système de guidage dans la grande navigation qu’est l’existence. Chez Carrington, vivre revient à naviguer, sans jamais cesser de chercher sa direction.

Oeuvre de Leonora Carrington
Leonora Carrington, Artes 110, 1944 © NSU Art Museum Fort Lauderdale; gift of Pearl and Stanley Goodman © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris

Le voyage, justement, constitue le fil rouge de l’exposition. Voyage géographique, bien sûr, mais aussi intérieur et spirituel. Installée au Mexique, l’artiste revisite les souvenirs de son enfance en Angleterre. Le manoir familial, les récits transmis par sa mère, les contes et les traditions anciennes nourrissent une peinture où le merveilleux et le fantomatique s’entrelacent. Elle développe la notion de bilocation : être ici et ailleurs à la fois, se représentant à la fois comme mère dans son nouveau foyer et comme enfant fragile dans l’Angleterre perdue.

La maternité, vécue à Mexico, marque un tournant et transforme son univers pictural : contes, scènes domestiques et figures féminines protectrices apparaissent dans des œuvres marquées par une tendresse nouvelle et par la puissance de l’imaginaire narratif.

Car l’œuvre de Leonora Carrington est aussi une immense fabrique de récits. Elle mêle mythologies antiques, spiritualités diverses et créatures fantastiques. Les contes deviennent une clé de lecture essentielle de son œuvre, un territoire où l’intime et l’universel se rejoignent. Ils permettent de transformer le vécu personnel en récits symboliques, porteurs d’une vérité collective. Peindre devient alors une exploration initiatique, une manière d’affronter ses démons intérieurs.

Ainsi, l’exposition révèle une artiste en perpétuelle mouvement. Entre mémoire des origines et nostalgie des rivages, Leonora Carrington a construit, toile après toile, un espace à elle : un territoire intérieur, libre et mouvant, où toutes les identités peuvent coexister.

Plusieurs personnages colorés dans un décor imaginaire
Leonora Carrington, Retrato del Dr. Urbano Barnés, 1946 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris © GrandPalaisRmnEditions

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