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A Negra, Tarsila do Amaral
A Negra © Tarsila do Amaral Licenciamento e Empreendimentos S.A. Photo Romulo Fialdini / MAC USP Collection [Museu de Arte Contemporânea da USP Collection, São Paulo, Brazil]

Tarsila do Amaral et le mouvement Pau-Brasil : l'essentiel à connaître

Type(s) de public Tout public

“Je me sens de plus en plus brésilienne”

Carnaval em Madureira - Tarsila do Amaral
Carnaval em Madureira © Tarsila do Amaral Licenciamento e Empreendimentos S.A.

Dans les années 1920, Tarsila do Amaral navigue entre deux mondes : l’avant-garde artistique parisienne et les souvenirs de son enfance au Brésil. Nourrie par le cubisme et le primitivisme, elle prend conscience, depuis Paris, de la richesse de son héritage. "Je me sens de plus en plus brésilienne. Je veux être la peintre de mon pays.", écrit-elle à sa famille. Ce désir d’un retour aux sources marque le début d’une réinvention artistique : Tarsila veut peindre un Brésil authentique, célébrant son métissage culturel et ses traditions, tout en adoptant un langage moderne et universel.

En 1924, lors d’un voyage à travers les paysages et les cultures du Brésil aux côtés d’Oswald de Andrade et de Blaise Cendrars, Tarsila redécouvre son pays sous un jour nouveau. Des églises baroques au carnaval de Rio, des favelas aux vastes horizons tropicaux, elle puise dans ces images pour réinventer une peinture profondément brésilienne. Ainsi naît le mouvement Pau-Brasil, du nom de l’arbre emblématique dont le bois précieux a donné son nom au pays.

Qu’est-ce que le mouvement Pau-Brasil ?

En 1925, Tarsila do Amaral illustre le recueil de poèmes Pau Brasil d’Oswald de Andrade, du nom du manifeste publié un an plus tôt. Le terme Pau-Brasil, référence au bois précieux convoité par les colonisateurs dès le XVIe siècle, devient le symbole d’un mouvement qui cherche à réinventer l’art brésilien. Ce dernier souhaite faire de l’art brésilien un produit "d’exportation", en opposition à l’importation des modèles européens dominants. Peintres et écrivains sont invités à puiser dans les sources locales pour créer un art authentique, "agile et candide comme un enfant". Prenant comme modèle la peinture de Tarsila, le mouvement remplace la perspective centrale et la simple copie des formes européennes par l' "invention" et la "surprise", au profit d’une vision plus libre.

Le style de Tarsila est original et abouti. Mélangeant couleurs vives et lignes cubistes, il est intimement retravaillé pour exprimer des thèmes capables de refléter des paysages subconscients.

Zoom sur l’oeuvre “A Negra”

A Negra - Tarsila do Amaral
A Negra © Tarsila do Amaral Licenciamento e Empreendimentos S.A. © Photo Romulo Fialdini

Peint à Paris en 1923, "A Negra" est l’une des œuvres les plus marquantes de la période Pau-Brasil. D’abord consacrée comme un hommage moderniste rendu à l’identité afro-brésilienne, puis pointée du doigt comme illustration des stéréotypes racistes propres aux sociétés brésiliennes et françaises des années 1920, cette femme noire qui nous regarde en face n’a toujours pas fini d’interroger son public.

Tarsila a dit s’être inspirée du souvenir d’une ancienne esclave qui habitait la fazenda familiale, et une feuille de bananier stylisée suggère un environnement tropical en fond. Pourtant, ce personnage ressemble moins à un portrait qu’à une composition parfaitement dans l’air du temps, dans laquelle une sculpture totémique africaine rencontrerait les géométries colorées inspirées de Fernand Léger.

Lorsqu’elle l’expose à Paris, Tarsila titre cette oeuvre "La Négresse", songeant peut-être à la "Négresse blanche" que Brancusi sculpte la même année. C’est bien en tant qu’icône "primitive" et "moderne", selon les canons parisiens de l’époque, que la silhouette stylisée de cette peinture sera choisie par Cendrars pour illustrer la couverture du recueil de poèmes qu’il consacre à son voyage brésilien. Mais “A Negra” renoue aussi avec l’iconographie toute brésilienne de la "mère noire", esthétisant la figure des femmes afro-descendantes dans le rôle de nourrices auxquelles elles ont été longtemps reléguées.

Pour aller plus loin

Nos conférences audio des journées d'étude autour de l’oeuvre “A Negra”, en présence de la commissaire de l’exposition, sont disponibles à la réécoute sur Soundcloud ! Rassemblant des chercheurs venus du Brésil et d’Europe, ces 2 épisodes abordent les questions d’identité, de race et de genre et s’accompagnent de discussions sur les pratiques d'exposition et les lectures contemporaines du modernisme brésilien.

Envie de découvrir l’œuvre sous un angle différent ? Suivez le Musée sur les réseaux sociaux Instagram, Facebook et X ! @imagine_moi sur Instagram, vous propose un éclairage original sur l'oeuvre avec une vidéo tournée dans l’exposition.

L'œuvre “A Negra” et toute l’exposition sont à découvrir au Musée jusqu’au 2 février 2025 !

Une femme bien apprêtée avec un cheval blanc
Leonora Carrington, Sisters of the Moon, Diana, 1932 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris
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